Bonne année à tous les arbres !

ribatetrogim.jpgribatetrogim-1.jpgC’est un bienfait précieux de prier au cours de la fête de Soucot au sujet de la confiture d’étrog du 15 du mois de Chvat.

 

Le lendemain du jour de Kippour,  Guillora rentra chez lui, serrant sur son cœur une boîte contenant un étrog.

« Miraculeux, vraiment miraculeux ! » Il cria dans la direction de son épouse assise en train de trier une volumineuse portion de riz cru.

« Un pur miracle ! J’ai acheté  cet étrog, au plus bas prix, tu sais, ceux qui sont dans des boîtes cachetées, j’en ai choisi un minutieusement parmi les centaines de boîtes entassées sur l’étalage, comme celui qui cherche le ticket gagnant d’une tombola, et surprise ! Cet étrog est le plus beau de tous les étrogs du monde entier ! Sa forme est parfaite, ses contours rebondis, et sa pointe se dresse comme une branche de palmier ! »

« Le Rav a cherché en vain un petit défaut, une tâche discrète, une minuscule éraflure… », Continua Guillora à s’émerveiller, « Il pense également que c’est un étrog incroyable…A la loupe, il l’a examiné, il a gratté sa peau ici et là, serait-ce un genre de concombre, et pas du tout un étrog ? Pour finir, il a admis que c’est un étrog fantastique. Ce type d’étrog, t’en trouves pas à moins de mille dollars, et encore… Un vrai prodige ! »

 

Lentement, avec beaucoup de précaution, Guillora sortit l’étrog de sa vulgaire boîte en carton, le caressa, et l’éleva à la lumière de la fenêtre. Subjugué, il se tut et admira son éclat vif, étincelant, et vert comme celui d’une émeraude rare.

 

Seule son épouse sembla ne pas prêter attention au magnifique tableau qui se dévoilait devant son regard, elle prit le récipient de riz et se dirigea vers la cuisine. Guillora imagina qu’elle contenait sa joie, et que son silence réservait une prochaine explosion de joie. Soudain, il perçut le bruit de quelques sanglots étouffés, et décontenancé la rejoint et s’enquit :

« Que se passe t‘il ? »

« Jaune ! J’en voulais un jaune ! »  Dit-elle d’un ton amer et très déçu. Guillora repoussa la contestation d’un léger geste de la main,

« La couleur n’a aucune importance, crois-moi ! Notre étrog est sublime, c’est cela qui compte, vert ou jaune, il n’y a pas de différence… »

« C’est à cause de la confiture », révéla l’épouse, cette gelée en l’honneur de la nouvelle année des arbres, le quinzième jour du mois de Chvat, est une bénédiction. Ce n’est pas pour moi, ou pour la maison de mon père, que je demande un étrog jaune, mais pour que la confiture que nous mangerons le jour de la nouvelle année des arbres, soit confite à point et succulente,  et donc, j’ai besoin d’un étrog jaune ».

« Dans ce cas, on peut acheter de la gelée d’étrog à l’épicerie, et même pas cher », essaya Guillora de plaider gentiment, mais il ne fit qu’envenimer la situation.

« A l’épicerie, non mais je rêve ! Tu plaisantes j’espère ? Je te parle de confiture d’étrog, et tu me réponds épicerie ! »  Elle s’enferma dans ses pensées, fuyant la mesquinerie de son mari.

« Calme-toi, pourquoi tu t’enflammes tant ? Je compte certainement pour toi bien plus que dix étrogs… »

Elle cessa de pleurer et songea : ce pourrait il que pour une fois il ait raison ? Possible au fond qu’il soit plus valable que dix étrog…

Guillora, inquiet la regarda et promis : « O. k, je t’achèterai une caisse remplie d’étrogs jaunes… Ca te convient ? »

« Qu’est ce que ça change ? Tout le pouvoir de la confiture consiste à ce que le la prépare avec l’étrog que tu bénis tous les jours de la fête de Soucot ! »

Guillora se sentit faible et désemparé, justement à Soucot, où nous prions qu’HaChem déploie sur nous le pavillon de la paix, voici le diable  qui vient mettre à sac l’ambiance de son foyer ? Et toute cette histoire, pour un peu de confiture, cela ressemble plutôt à une déconfiture !

Guillora voulait un bel étrog  qui mette en valeur un commandement, et son épouse voulait un étrog à cuisiner, et ils ne parvenaient pas à s’entendre et à définir si le commandement est majeur, ou la gelée suprême…

Selon Guillora, il était clair qu’il n’échangerait jamais son érog, que le ciel s’écroule, rien ne le ferait fléchir…Elle tenta pourtant de lui rappeler qu’elle avait toujours rêvé de lui offrir une édition de la ‘Guémara’ de couleur bleue, cela ne l’empêcha pas de la commander en noir… A son tour de céder, il n’y avait pas de raison ! On ne fait pas de confiture avec un étrog vert !

 

Exaspérée, elle grimpa sur le toit, et commença à prier, il la suivit, s’isola aussi et pria de toutes ses forces que le sort lui soit propice.

 

Trois jours passèrent, et ils retournèrent à leur logis, épuisés et harassés par la fatigue. Ils se préparèrent un thé fort, mirent quelques gâteaux sur une assiette, et s’assirent dans la cuisine. Ensemble, ils réalisèrent qu’une lumière éclatante les avait précédés. Comme un soleil au lever du jour, l’etrog devenu jaune scintillait de tous ses feux. Un miracle en cache un autre…

 

Guillora était heureux du bonheur de son épouse, mais pas idiot au point de laisser les choses lui échapper : « Bon, je cède cette fois-ci », dit-il sans comprendre réellement la grandeur de l’évènement, et de la catastrophe à laquelle il avait échappée.

 

La veille du Quinze du mois de Chvat, la table de Guillora était décorée d’une montagne de fruits, et d’une petite soucoupe de confiture, accompagnée d’un courte lettre : « S’il te plait n’oublie pas de prier demain, d’avoir le privilège de trouver avant la fête de Soucot, un bel étrog, de manière à ce que je puisse préparer l’année prochaine une confiture aussi réussie. »

 

(Traduit d’un article paru dans l’hebdomadaire ‘Michpaha’)

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