Les Dix Commandements, assis ou debout ?

Rituellement, dans un grand nombre de synagogues, on se tient debout lors de la lecture des Dix Commandements inclue dans la ‘parachat Yitro’, qui se lit le matin de Chavouote. Il y a pourtant des endroits où s’entendent chaque année des protestations à propos de cette coutume, et ces voix récriminatoires arguent que justement, au moment de la lecture des Dix Commandements, il faut rester assis…Qui a raison ? Y a-t-il au fond une raison valable à cette querelle ? Peut-être, serait-il préférable que chacun fasse ce qui est le plus juste à ses yeux ?

Il apparaît que nous traitons d’un sujet dont les racines remontent au moins depuis le deuxième ‘Beit- HaMikdach’. En consultant les archives en possession d’une communauté du temps du Rambam, nous prenons connaissance d’une dispute qui opposa les partisans de se lever durant la lecture des Dix Commandements, et ses opposants, et l’un des ses membres nous conte l’agitation qui régna au sein de leur communauté, constituée de gens simples et peu érudits.

Très en arrière dans le temps, ils avaient nommé à leur tête un homme éminent et très instruit, qui les guida de longues années dans la pratique de la religion, leur apprenant les lois, et modifiant des usages sans rapport avec les décisions des sages. Parmi ces changements, il demanda qu’ils cessent de se lever pendant la lecture des Dix Commandements, et même enseigna qu’il est conseillé de réprimander celui qui persiste à vouloir se tenir debout, car cette coutume fut établie par des hérétiques qui soutenaient que les Dix Commandements étaient l’essentiel de la Tora.

Unanimement, les juifs acceptèrent les conseils du Rabbi, et depuis restèrent assis quand on lisait les Dix Commandements, et bien après sa mort, ils continuèrent à respecter ce nouvel usage.

Le problème survint lorsqu’il reçurent un sage venant d’une autre contrée, qui lui se levait à la lecture des Dix Commandements. La communauté se divisa alors, et des disputent s’élevèrent entre le sage et la fraction qui ne partageait pas son opinion. Ils se tournèrent vers le Rambam, en expliquant que plusieurs générations déjà s’appuyaient sur une décision rabbinique, et surtout qu’ils se refusaient à donner le moindre crédit à une certaine secte, les karaïm, qui se tenaient debout pendant la lecture de la Tora, mais rejetaient en bloc toutes les interprétations orale des commentateurs.

Cependant le sage de la communauté voulut faire reconnaitre qu’il était plus convenable de se lever, ainsi qu’il est écrit : « …Et ils s’arrêtèrent (donc, se tinrent debout) au pied de la montagne. » (Chémot, 19-17), et il précisa pour sa défense qu’à Bagdad, les juifs se levaient pour entendre les Dix Commandements, mais il lui fut rétorqué que le peuple se levait afin d’honorer les notables et les dirigeants de la communauté que l’on faisait monter à la Tora ce jour là spécialement, et si le chef de la communauté lisait les Dix Commandements, évidemment tout le monde se levait…

Ce bref compte- rendu (l‘article que nous traduisons comprend une lettre que la population juive adressa au Rambam) soulève trois question sous-jacentes : quelle suspicion provoqua la méfiance des décisionnaires, qui sont ces hérétiques ? Et quelle est la valeur subjective que l’on accorde aux Dix Commandements au dépend du reste de la Tora ?

En réalité, nous apprenons (Chap.5, Michna1) en consultant le traité ‘Tamid’(étude des sacrifices offerts à l’aube dans l’enceinte du Beit-HaMikdach), que les cohanim avant de dire le ‘Chéma Israël’, et ses bénédictions, lisaient aussi les dix Commandements, qui selon l’opinion des sages de la ‘Guémara’, (Talmud Yérouchalmi, Brakhote, Chap. 1-5) sont l’essence du ‘Chema Israël’, et d’après l’interprétation du Rambam, la partie principale, et la base de toute la Tora .

Toutefois, rapidement les sages décrétèrent l’annulation de la lecture quotidienne des Dix Commandements, et exclurent ce chapitre des bénédictions du ‘Chéma Israël’ (Talmud Bavel, Brakhote, 12-a). Par ailleurs, en analysant le contenu de ce sujet, il semble que non seulement les cohanim, mais que tout Israël, à l’heure de la prière du matin, lisait les Dix Commandements avec le ‘Chéma Israël’.

Rachi nous informe de ce qui causa la fin de cette pratique : les sages soupçonnèrent les ignorants de penser que juste les Dix Commandement furent donnés au mont Sinaï, et rien de plus…Et pour éviter une déviation si grossière, ils décidèrent de ne plus accorder aux Dix Commandements une place plus importante qu’à l’ensemble de la Tora écrite.

La censure et les brimades obligèrent les commentateurs à utiliser des termes généraux (‘acoum’, ‘minim’) qui faisaient allusion aux hérétiques et qui désignaient en vérité à mots couverts, à partir de la destruction du second Temple, les premières sectes chrétiennes qui s’éveillaient, et tentaient de convertir les bnei Israël, surtout les plus simples d’entres-eux. Un des élèves de Rachi, Rabeinou Simhah de Vitry, prévient (‘Mahzor-Vitry, pag. 12), que le disciple de … ne dise pas, en dehors des Dix Commandements, la Tora n’est pas vraie…, la censure ratifia le nom du prophète chrétien.

En dépit de cela, et bien que les Tanaïm aient statué, des décisionnaires plus jeunes de Bavel voulurent retourner, en vain, aux anciennes coutumes, et réintégrer les dix Commandements à l’intérieur des bénédictions du ‘Chéma Israël, et visiblement, ils ne ressentirent, ni ne partagèrent les mêmes craintes que leurs ainés, et l’examen de leurs arguments (Talmud Bavel, Brakhot, 12-a) démontre que l’influence des chrétiens n’était pas si solide à leurs avis, en tout cas à cette période et dans cette région, ou qu’il faillait se méfier d’elle et la combattre dans un domaine différent, comme l’exhortation à abandonner le service du créateur au profit de théories fumeuse genre amour universel…Mais que des Dix Commandements ne retenaient de leur part qu’une attention médiocre.

Y aurait-il eu d’autres Hérétiques ?

 

Des découvertes relativement récentes dans les grottes de Komoran, ont révélés que des paires de Téphilines appartenant certainement aux membres d’une secte essénienne, ou aux soldats de Bar-Korba qui s’étaient révoltés contre l’empire romain, et dont les boites contenaient également, en outre des parchemins réguliers, les Dix commandements, malgré les avertissements et conclusions négatives que les sages publièrent à l’issue de discussions didactiques, lorsque cet épineux problème fut débattu à l’aide des versets du ‘sepher Dévarim’.

On mesure ici les dangers multiples tels qu’ils apparurent aux décisionnaires, et combien ils durent lutter afin de ne jamais offrir une victoire lourde de sens aux ennemis du pur judaïsme en refusant aux Dix Commandements une prépondérance totale, et comment finalement ils protégèrent la foi juive.

Revenons maintenant, à la lettre qui parvint au Rambam ; celui-ci répondit clairement en s’appuyant sur son 8ème principe (il est l’auteur des 13 principes de la foi dont la source se trouve dans le chapitre 10 du traité ‘Sanédrin’), qui stipule que toute la Tora en notre possession a été confiée à Moché par Hachem, que le ciment de notre religion est de croire sans concession à cette assertion sans n'y faire aucune sélection discriminatoire. En conséquence, les sages, que leur mémoire soit bénie, avec discernement, interdirent de lire, chaque matin, les Dix commandements en les jumelant aux bénédictions du ‘Chéma israël’, et en l’occurrence, il est juste de penser que se lever au moment de la lecture des Dix commandements est une erreur qui peut engendrer de fausses interprétations et produire des préjudices aux fondements de la Tora et gâter la foi des bnei Israël.

Quelques siècles plus tard, on interrogea le Rachba (Quest. Et Rép.Livre1, 184), s’il était possible de lire les Dix commandements, à la synagogue, au début de la prière, sans relation avec le ‘Chéma Israël’, et il affirma qu’à la lumière des craintes d’une déformation de la vérité qui conduisit les sages à trancher, il était encore plus sur de ne pas les lire avant la prière.

Aujourd’hui, presque toutes les communautés considèrent que se lever à la lecture des Dix commandements représente une attention scrupuleuse et honorifique que l’assemblée souhaite consacrer au souvenir du jour où le peuple d’Israël se tint face au Créateur, et reçut la Tora de ses mains.

Le Hida (‘Tov Ayin’, N°11), écrit que désormais puisque le monde (juif) se tient debout pour les Dix commandements, nous sommes apparemment obligés de nous lever également, malgré l’accroc que nous faisons à la stricte observance, car au contraire, résister et rester assis pourrait être pris comme une forme de dédain, que Dieu nous en préserve !

Le Rav Ovadia Yossef (‘Yéhavé Déaté’Livre1, N°29), conclut que les propos du Hida

ne contrent pas la décision du Rambam, et que l’on ne peut l’assouplir, sa position dans les générations précédentes lui conférant une autorité plus grande.

Mais le Rav Moché Faïnchtein (Quest.-Rép. ‘Orah Haïm’4, N°22), ne compare pas le décret des Tanaïm, qui annulèrent la lecture des Dix Commandements en association avec le ‘Chéma Israël’ à cause des hérétiques, et la station debout pendant que l’on lit les Dix Commandements, motivée par le désir de rendre hommage à Dieu qui nous choisit et nous convoqua alors, dans le but de nous conférer un statut au-dessus des peuples, et nous transmit Sa Tora. Il ne nie pas, qu’il a un petit risque de confusion chez ceux qui ont l’esprit mal placé, mais il ne conseille pas de faire preuve de sévérité, tant que les hérétiques ne se manifestent pas…Et signe son approbation en faisant remarquer qu’il serait convenable qu’une personne qui prie dans un lieu où les gens se lèvent, les imite.

D’un côté, nos maîtres ont réussis à extirper un danger réel, en abolissant la lecture des Dix Commandements de la prière matinale, d’un autre côté, l’affection puissante, singulière, et persistante du peuple d’Israël envers les Dix Commandements, et en particulier le jour de la Fête de Chavouote, ne cessa jamais de croître, au point de contraindre beaucoup de décisionnaires à se montrer indulgents…Mais Rav Cahana n’a t’il pas dit (‘Sifri’, Piska 12) : « Hachem parla aux bnei Israël : mes enfants lisez chaque année cette section (Yitro), et moi je vous élèverai et ferai en sorte que vous soyez comme vous tenant debout devant moi au mont Sinaï, recevant la Tora… »

(Traduit d’après un article paru dans le mensuel ‘Kolmus’ de l’hebdomadaire ‘Michpaha’).

 

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