Tête de Turc

Il y a presque 70 ans, au début de l’hiver 1942, fuyant le régime fasciste roumain, allié des nazis, 103 enfants, 272 femmes et393 hommes montèrent sur le navire Struma, accosté dans le port Kinstnéxa. Conçue pour naviguer sur les fleuves, et aménagée de manière à recevoir au maximum 100 passagers, cette frégate construite en1830 s’apprêtait à courir au devant de tous les dangers, même si selon les prévisions les plus optimistes la traversée ne devait dépasser 14 heures ; néanmoins, il restait à franchir les passages étroits du Bosphore et des Dardanelles, avant d’atteindre les plages d’Israël, ou bien de faire escale en Turquie afin d’obtenir les passeports et les visas nécessaires au débarquement des immigrants en Israël. En fait, il semble que leur plan d’évasion fut bâclé, et qu’aucune demande de passeports ne fut effectuée avant l’embarquement. Les conditions à bord étaient épouvantables, les cabines minuscules, bondées à craquer, la carcasse du bateau moisie et rongée par le sel ; qu’importe, l’essentiel était de parvenir à fuir le régime criminel allemand et de gagner notre terre promise, malgré l’entêtement sadique des anglais qui refusaient l’accès de la ‘Palestine’ aux réfugiés de l’Europe de l’est. Les geôles britanniques leur semblaient un luxe en comparaison de ‘ la solution finale’ qui les guettait en Roumanie ! En résumé, malgré la promiscuité, et l’état vétuste et peu rassurant du navire, les juifs conservaient un bon moral, et personne ne sut imaginer en regardant la mer, quel piège mortel allait se refermer sur eux.

Pour commencer, rapidement le moteur cessa de fonctionner, tandis que le vaisseau voguait en pleine mer, surchargé ; quatre jours durant les mécaniciens tentèrent en pure perte de le relancer, ils lancèrent un appel de détresse à la Turquie. Ils y répondirent et vinrent les remorquer jusqu’au port d’Istanbul, Où ils demeurèrent 10 semaines. A leur arrivée, ils reçurent la visite de personnages officiels qui leur annoncèrent que le gouvernement turc permettait leur présence sur ses côtes une courte période, dans le but qu’une autre nation choisisse de les accueillir. Mais qui veut bien s’embarrasser de juifs en temps de guerre ! Déjà qu’en temps de paix…Le gouverneur anglais, Harold Mac Mikael, durcit sa position et s’obstina à interdire aux réfugiés de rejoindre leur patrie, en dépit de l’aide offerte par l’agence juive qui comprit très vite les menaces qui pesaient sur tout les occupants du bateau ; en effet , le froid, la faim ou la noyade, risquaient d’abréger leurs souffrances avant terme. Les raisons de Mac Mikael étaient parfaitement claires, ces gens étaient coupables d’être juifs, et il avait la ferme intention de prononcer un verdict de mort à leur encontre, c’est ce qu’il fit.

En attendant les turcs avaient interdit aux passagers du Struma, de descendre à terre, en dehors de 8 d’entres-eux, et ils ne subsistaient que grâce au secours de la communauté juive d’Istanbul, et quelque peu de la c-r. Sur le navire la situation devenait critique, l’attente insupportable usait la patience des malheureux voyageurs qui subissaient la précarité des installations sanitaires, un manque de place et de confort minimum, et des angoisses constantes concernant leur avenir plus qu’incertain. Sans ciller, les Britanniques firent pression sur les turcs et insistèrent pour qu’ils reconduisent les fuyards à leur point de départ, c'est-à-dire qu’ils les remettent aux mains des nazis. L’agence juive proposa de les inscrire sur les listes des effectifs autorisés chaque année par les anglais à monter en Israël, quitte à déduire leur nombre du quota permis. Ces demandes réitérées restèrent sans réponse. Le ‘Joint’ lui aussi, intercéda et fit valoir le caractère humanitaire de l’opération et supplia les autorités turques d’ouvrir un camp d’accueil et d’y installer les passagers du Struma temporairement. Eux aussi essuyèrent un échec.

Au mois d’Adar, les turcs nouèrent des cordes à l’embarcation et la tirèrent hors des eaux territoriales turques, puis ils rompirent les attaches qui les liaient au remorqueur et les abandonnèrent à leur sort, sans provisions, en dépit des risques évidents qu’ils encouraient d’être coulés par la marine soviétique qui avait averti les turcs que tout navire qui sortirait du port d’Istanbul serait torpillé sans pitié. Les turcs savaient pertinemment qu’ils expédiaient 760 personnes civiles et innocentes au cœur de la guerre que se livraient les flottilles ennemies.

Le septième jour d'Adar, un sous- marin russe tira une torpille en direction du Struma, le détruisant presque immédiatement avec ses occupants dont 103 enfants juifs. Une poignée d’intrépides plongea du bateau dès l’explosion, mais le courant et le froid vainquirent leur résistance et à l’exception d’un seul, David Sétouliar, qui fut l’unique rescapé de ce naufrage qu’il faudrait rajouter à la facture que les turcs, ces humanistes réputés, qui devront un beau matin rembourser à quelques minorités, arméniens, juifs, kurdes, et j’en passe…

Tiré d’un article, paru dans l’hebdomadaire ‘Michpaha, le 5-8-10.

 

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