un bon père...

 

 

Rabbi Faïvil était l’un des employés de confiance du seigneur dont les propriétés s’étendaient au bout de l’empire Austro-hongrois, près de la frontière russe. A cette époque, les frontières se franchissaient facilement, sans contrôle, et si Rabbi Faïvil devait augmenter l’effectif du seigneur, il se rendait en Russie recruter de nouveaux travailleurs.

Un certain vendredi, le seigneur lui demanda de ramener quatre-vingt employés, qui avaient terminés leur ouvrage, vers la frontière de Russie. Ne voulant pas violer les lois de Shabbat, ce qu’il ne manquerait pas de faire, s’il entreprenait ce périple, il les nourrit et les fit dormir sur place et ne les raccompagna que le samedi soir après la tombée de la nuit. De retour, vers minuit, pressé de sortir de l’obscure et dangereuse forêt, il hâtait plus que de coutume l’allure des chevaux, quand soudain perçant l’impressionnant silence qui l’entourait, éclata le bruit d’un sanglot d’un jeune enfant. Il stoppa sa carriole, descendit et vit l’enfant comme abandonné au pied d’un arbre. Il se pencha, le saisit dans ses bras et l’emporta avec lui.

Au lever du jour, il se rendit, après avoir terminé sa prière, directement chez son Rav et lui conta toute l’histoire. Celui-ci, connaissant la vie solitaire et dénuée des joies familiales auxquelles chacun à droit, de Rabbi Faïvil, lui permit de garder l’enfant et de l’élever à condition de ne pas le circoncire et de cacher cet événement aux autorités, un décret stipulant que tout enfant trouvé devait être remis aux émissaires du Roi.

Rabbi Faïvil était un vrai tsadik et il sut faire grandir l’enfant convenablement. A peine âgé de dix ans, il savait déjà plusieurs traités du talmud et se préparait à devenir un étudiant méritant et accomplit.

Il arriva qu’un jour, le seigneur vint visiter son employé et rentra à l’intérieur de sa maison. Il vit le fils adoptif de Rabbi Faïvil, regarda avec curiosité son visage et devina qu’ils n’avaient aucun lien de parenté. Rapidement Rabbi Faïvil lui révéla franchement la vérité. Le seigneur écouta en silence, puis partit. Une semaine après cet incident, le seigneur s’enivra, prit son fusil et sortit chasser dans les champs, sans ses chiens et sans personne pour veiller à sa sécurité. Au crépuscule, le froid se fit ressentir et augmenta son ébriété, et il se vit perdu, errant dans toutes les directions pour retrouver son chemin. Finalement il aperçut une lueur lointaine, se dirigea tant bien que mal vers ce repère, jusqu’à ce qu’il débouche sur un groupe de soldats entourant un autre seigneur, russe et le hasard fit qu’ils étaient des anciens camarades de classe et donc leurs rencontre fortuite les combla. Le seigneur russe lui dit :

« Nous sommes juste entre nos deux pays, j’habite non loin d’ici, ce serait un honneur pour moi que tu viennes te restaurer dans ma demeure. »

Pendant le copieux repas qu’ils partagèrent, le seigneur russe se confia :

« Dieu m’a comblé et vraiment il ne me manque presque rien, mais de descendance il ne m’a pas donné, je n’ai pas de fils et c’est une dure épreuve même si je suis comblé de tous les biens terrestres. »

L’autre lui répondit :

« Ne t’inquiètes pas ! J’ai un juif tsadik qui travaille pour moi, il a recueilli un enfant perdu, demain je te l’envoie en cadeau et il sera ton fils. »

Il agit comme promis, et lorsque le seigneur russe reçut le garçon, il commença par parler avec lui et ressentit que c’était un enfant doué et intelligent. Il lui confia qu’il était riche et puissant et qu’il souhaitait l’établir tel l’héritier unique de ses biens. Il lui enseigna les coutumes et les rudiments de courtoisie en vogue chez les seigneurs russes, et le remit entre les mains d’un prêtre afin qu’il apprenne et se familiarise avec leur religion.et leurs prières. Mais fidèle à la foi juive qu’il avait embrassée au contact de Rabbi Faïvil, il résista et repoussa le prêtre :

« Saches que je te respecterai, j’y suis bien obligé, cependant tu ne me forceras pas à croire en ta religion ; j’ai grandit chez un stadik juif et j’ai vu que son chemin est un chemin de vérité. »

Le prêtre revint le visiter à plusieurs reprises et se heurta toujours aux mêmes réponses. Il comprit qu’il n’obtiendra rien et se borna à demander ce qu’il devrait dire au seigneur si celui-ci le questionnait.

« Ce n’est pas mon affaire ! » lui affirma- t’il se désintéressant du problème.

Le prêtre se tut et les années passèrent. Subitement le seigneur mourut, et l’enfant devenu un jeune homme lui succéda. Le prêtre se présenta et lui demanda son attention :

« Il y avait en Russie un noble qui enleva une fille juive, l’épousa de force et lui fit des fils. Je suis l’un d’eux. Ma mère me transmis notre tradition avant de mourir, et je suis prêt à partager ce savoir si tu le désires. »

Méfiant, le nouveau maître du conté désira en savoir plus, et ensemble ils visitèrent quelques personnes qui surent authentifier les assertions du prétendu prêtre qui sous le couvert de sa soutane, était un remarquable érudit observant les préceptes antiques et aidant parfois les pauvres juifs accablés par les autorités à se soustraire aux persécutions.

D’un commun accord, ils décidèrent de s’enfuir. Tout d’abord, le prêtre sur les instructions du jeune seigneur franchit la frontière et rejoignit Rabbi Faïvil. Ils se comprirent facilement et sans embuches gagnèrent Yérouchalîm. Sept ans plus tard, Rabbi Faïvil assis dans la salle d’études de la yéchivah « Chaar Ha Chamïm », regarde quelqu’un qui s’approche de lui et lui tend les bras, muet de stupeur il reconnaît le fils qu’il avait adopté il y a déjà si longtemps, murit et libre de se convertir, de se marier et de fonder une famille en Israël.

(cette histoire vécue est tirée du livre Aavat haim).

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