Yérouchalaïm, la ville lumière

Minndi fut l’une des premières inscrites au cours de dessin d’Osnat. Quand la mère de Minndi arriva chez Osnat, et lui expliqua le but de sa visite, Osnat prit peur, mais elle dissimula sa panique sous un sourire factice et trompeur. Minndi était une jeune femme de 30 ans déjà, mais dont l’intelligence ne dépassait pas l’âge d’une petite fille. Pourtant, Osnat comprit instantanément que la mère de Minndi avait besoin que l’on accueille sa fille à bras ouverts. « Super !, je serai ravie d’enseigner à Minndi, les rudiments du dessin… » articula très vite Osnat. « Oh, tu sais, Minndi dessine vraiment de jolies choses, je suis sûre, qu’elle se plaira beaucoup. »

Après son départ, Osnat, retrouva sa sérénité, enfin presque…Elle savait que les autres participantes à son cours ne causeraient aucun problème à la venue de Minndi, mais en songeant à plusieurs de ses amies, qui avaient choisi de s’orienter vers l’éducation des enfants dont les limites mentales exigeaient une attention spéciale, et en comparant sa réaction instinctive de tout-à l’heure, elle sut qu’au fond d’elle-même, un truc ne tournait pas rond, c’est certain.

En regardant l’une des toiles qu’elle peignit dans le passé, en observant le décor, un paysage touffu et ombragé par une rangée d’arbres, que l’automne oriental verdissait, l’enfant pensif, assis dans la clairière, le fond aux teintes claires et lumineuses, Osnat admis que sa nature s’inclinait automatiquement devant la beauté et la grâce, et qu’elle rejetait, repoussait toute forme de déformation ou de manifestation sortant du cadre esthétique, qu’elle affectionnait passionnément. De toute manière se dit-elle, j’ai encouragé sa mère à inscrire Minndi à mon cours, cette pensée l’aida à vaincre un peu son remords, et à balayer les idées noires qui la peinaient.

Mindi s’adapta facilement ; elle se trouva une place fixe, et à chaque séance, elle allait s’asseoir, et commençait à dessiner. Au début, Osnat pensa que comme Stevenson Wiltacheir, autiste, et artiste authentique britannique, Minndi allait peut-être révéler des dons surprenants, mais rapidement elle compris que même si Minndi réellement reproduisait ce qu’elle voyait, en y introduisant de la vie, de la chaleur et de la gaité, elle peignait à la manière des enfants, et ses dons se limitaient là.

Intimidé, par le handicap de Minndi, en dehors des consignes de travail et des corrections qu’elle devait lui apporter, Osnat s’abstint de se rapprocher d’elle, et garda une certaine réserve à son égard.

Une fois elle téléphona à la mère de Minndi, et lui confia son inquiétude à propos des progrès que Minndi, visiblement ne ferait jamais. « Elle m’écoute lorsque je lui explique les bases théoriques, que tous les élèves doivent appliquer, mais pas plus…De suite, elle recommence ses erreurs de proportion, ou de perspective… ». Du tac au tac, la mère de Minndi, la rassura et lui promit que la joie de Minndi était immense et que les cours lui apportaient surtout une possibilité d’avoir des contacts sociaux, ce qui n’était pas facile dans son cas, « je suis persuadée que tu saisis ce que je veux dire… ». Osnat, depuis cette conversation, s’efforça de communiquer plus souvent avec Minndi, tout en la guidant dans ses exercices.

Tandis qu’elle se détendait, le mari d’Osnat lui montra une annonce parue dans le journal qui disait, « 10 quabin (unité de mesure) de beauté ont été distribué au monde, 9 ont été attribué à Yérouchalaïm, et 1 au reste du monde », Un concours de dessins, va être organisé à Yérouchalaïm, les cinq meilleurs tableaux retenus seront primés. L’objet de cette compétition doit être la ville de Yèrouchalaïm.

Le lendemain, toute la classe d’Osnat se mit à l’œuvre et l’espoir de figurer dans le classement éveilla toutes les énergies, Osnat comme les autres. Minndi rapidement lui apporta sa propre contribution, un oiseau dans son nid perché. Osnat voulut faire comme si elle ne devinait pas l’intention de Mindi, et corrigea le dessin fait au crayon eu lui donnant quelques conseils. « C’est bien que tu m’aides, car je veux faire un dessin si beau qu’il sera le plus beau dessin du concours ! » Assura Minndi naïvement. « Mais, les dessins doivent avoir pour thème Yérouchalaïm », prévint Osnat. « Oui, je sais, tu nous a dit d’observer autour de nous, et de peindre un sujet qui a rapport avec notre ville, donc j’ai dessiné ce nid qui est dans le jardin, en bas de notre immeuble, puisque j’habite à Yérouchalaïm, et ce nid est vraiment magnifique, et personne ne l’a remarqué ». « Tu as raison, mais ce concours ne contient que des tableaux qui montrent un aspect particulier de la ville, des nids, on en trouve partout ». « Oui, mais ce nid, il est à Yérouchalaïm, je vais le peindre, l’envoyer au concours, je gagnerai le concours, et on me donnera plein d’argent ! »

Osnat à bout d’arguments, tenta de lui décrire simplement la procédure d’une compétition de cette envergure, « de nombreux artistes vont adresser leur création et il faudra sélectionner les meilleurs, tout le monde ne peut pas gagner… ». Minndi fit des efforts pour suivre, son front se crispa, et finalement elle dit, « dans un concours…Si l’un gagne, alors l’autre ne peut pas gagner ? » « Exactement ! » Répondit Osnat, soulagée, préférant décevoir Minndi maintenant, et ne pas avoir à gérer une déception plus conséquente lors de la remise des prix.

Yérouchalaïm, on en finit jamais de l’explorer. Ses rues, ses cours, ses terrasses, le marché… Ce n’est pas facile de décider ce que l’on préfère. Osnat peignit une scène figurative qui exprimait selon elle, la plénitude intime de la ville, au temps de sa splendeur. Elle s’y consacra des heures et des heures, et termina sa toile. Satisfaite, mais anxieuse, elle l’envoya à l’adresse du concours en espérant être sélectionnée. Durant ce temps, Minndi, aussi continua à colorier son dessin et elle se moqua des remarques que ses camarades lui firent, quant au choix de son œuvre, ce nid d’oiseau, justement était parfait pour symboliser la beauté de Yérouchalaïm !

Le suspens prit fin, et le journal publia les photos des cinq tableaux retenus. Celui d’Osnat n’y était pas. Elle pleura, et ressentit de la gène vis-à-vis de ses élèves, mais, elle surmonta cet échec.

Minndi au cours suivant alla tranquillement rejoindre sa place. Osnat voulu la réconforter, et la rejoignit. « As- tu vu les dessins qui ont été sélectionné ? » Minndi rit et dit que non, mais qu’elle voudrait bien les voir. Osnat prit le journal et les lui montra, « Le tien n’a pas été choisi malheureusement… » Minndi éclata de rire, « ça risque pas, je ne l’ai pas envoyé ». « Mais tu étais si sûre de gagner… » Minndi rit encore plus, « C’est pour ça que je ne l’ai pas envoyé, tu as dit l’autre jour que si l’un gagne, l’autre ne peut pas gagner, cinq peintres pouvaient gagner, alors comme mon dessin à moi était le plus beau, évidemment que j’aurais gagné à la place de quelqu’un d’autre, et je n’ai pas voulu que quelqu’un perde à cause de moi… » Osnat perdait le fil, « mais c’est sans rapport, une compétition a pour but de faire gagner le meilleur, celui qui perd le sait à l’avance, et puis tu ne connais même pas les concurrents ! »

Minndi se tut quelques secondes, réfléchissant, et dit « qu’est ce que ça change que les connaisse ou pas ?»

Soudain Osnat vit leurs rôles inversés, elle ne comprenait pas, et Minndi essayait d’expliquer. Lentement, Minndi dit « Aujourd’hui quelqu’un est très heureux d’avoir gagné, si j’avais envoyé mon dessin, j’aurais gagné, et cette personne aurait été triste. Je ne veux pas que quelqu’un soit triste à cause de moi, que je le connaisse ou pas…

Osnat regarda le visage de Minndi, elle n’était pas jolie, tel que l’on se représente la beauté habituellement, mais elle vit tout à coup, un rayon de lumière qui éclairait ses yeux, une étincelle de la splendeur des 9 quabin qui descendirent du ciel et furent distribués à Yérouchalaïm qui illuminait l’expression de son visage.

(Traduit d’une série d’histoires vraies qui ont publié par l’hebdomadaire ‘Michpaha’).

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