Problèmes d’entente conjugale ?

couple-vieux.jpgA notre grand regret, Israël figure en sixième place dans le domaine des divorces, après la Russie, les Etas Unis, le Canada, et La Grande Bretagne ; ce triste constat nous rappelle une charmante histoire qui s’est déroulée durant ces dernières générations, dans un quartier yéménite de Jérusalem.

 

Il y a quelques mois, nous avons été consolés un ami dont les parents décédèrent ensemble à quelques heures d’intervalle. « Ils n’étaient pas capable d’être l’un sans l’autre », témoigne notre ami.

 

Sur la table, dans la pièce où étaient assis les proches de la famille en deuil, une ketouba (contrat de mariage) ressemblante à un antique parchemin, attira notre attention. Les lettres dessinées artistiquement ondulaient majestueusement, mais semblaient difficile à déchiffrer.

Sur les bords figuraient beaucoup de rajouts, et de signatures de différentes grandeurs. Cette kétouba paraissait être particulièrement originale, et contenait encore l’essence d’une ancienne sagesse qu’un rabbi parmi tant d’autres illustra voici tant d’années.

 

Mon père et ma mère, conte notre ami, sont nés tous les deux au Yémen, avant le début de la première guerre mondiale. Lorsque mon père eu l’âge de quinze ans, et ma mère douze ans, on les maria comme il était de coutume à l’époque dans ce pays, et ils partirent vivre dans un village, pas très loin de la ville de Tsénaa.

Un beau jour, mon père décida de se joindre à un groupe de pionniers qui s’apprêtait à monter en Israël. Ma mère, presque une enfant, s’émerveilla du projet. Elle aimait les jeux et l’aventure, et donc, ils firent route en direction de la terre d’Israël avec leurs camarades.

Ils arrivèrent, épuisés et dépourvus de tout, en Israël, au moment de l’armistice de la première guerre mondiale, et s’installèrent dans le quartier yéménite de Jérusalem.

Mon père et ma mère n’étaient que de jeunes adolescents, et s’intéressaient à des vétilles, comme ma mère nous le raconta plus tard, ils jouaient aux billes, aux osselets, ou sautaient à la corde, aux heures du crépuscule, et souvent tels des gamins, ils se chamaillaient, surtout quand mon père trichait et que ma mère ne voulait pas perdre…

Avec le temps, ils eurent des enfants, et moi parmi-eux. La pression augmenta, mon père travaillait du matin au soir, et ma mère, vaillante et courageuse, s’occupa du logis et s’efforça de l’aider selon ses possibilités, mais avec la force de l’habitude, et en raison de l’effervescence et de l’impulsivité du caractère de ma mère, les disputes continuèrent, en souvenir du passé, et prirent une certaine place dans leur discrète demeure.

 

Que se passait-il quand éclatait un conflit ? Le mot divorce était parfaitement inconnu dans le monde yéménite… Il y a un problème ? On se rend  chez le Rabbi… Ainsi, ils trottaient tous les deux vers le domicile du Rabbi, afin qu’il juge leurs différents. Le rabbi était un sage et un savant éminent, droit et équitable, et les gens venaient le consulter pour des tas de sortes de raisons. La Rabbi écoutait d’abord mon père, puis ma mère, et ensuite se mettait à réfléchir, pendant que mes parents, assis, tremblant de peur attendaient sa décision, et alors, il émettait son verdict en faveur de ma mère, toujours, sans aucune exception. Mon père écopait d’une punition, d’une amende, qui se rajoutait à la kétouba, et ma mère pouvait partir, complètement innocentée, chercher la kétouba. Le Rabbi écrivait une somme quelconque, signait, et mes parents, heureux, s’en retournaient à la maison. En général, ma mère se sentait un peu honteuse, que le Rabbi l’ait acquitté, et soudain elle se montrait pleine de préventions pour mon père, et voulait lui montrer quel avantage il pouvait tirer de sa victoire à elle.

Bien sur que mon père était plus que satisfait de cette comédie.

Au fur et à mesure des années, périodiquement une dispute s’engageait entres-eux, ils allaient voir le Rabbi, et le calme à nouveau s’installait jusqu’à la prochaine fois.

 

Mon père et ma mère eurent le privilège de fêter leur quatre-vingtième anniversaire de mariage, ils restèrent valides, s’aidèrent mutuellement, et moururent unis.

Ils connurent le bonheur, et les petites brouilles qui éraflèrent leur quotidien, renforcèrent leur joie de partager la même vie. Ma mère gagna une kétouba valant des millions, en dépit que mon père n’a jamais possédé vraiment le moindre sous en poche.

 

(Traduit d’un article paru dans l’hebdomadaire ‘Michpaha’)    

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